10 animaux à observer sur le chemin de Compostelle entre Le Puy-en-Velay et Saugues
Entre Le Puy-en-Velay et Saugues, le chemin de Saint-Jacques ne traverse pas seulement des paysages : il traverse des territoires habités. Dans les prés, au-dessus des crêtes, dans les haies ou sous le couvert des forêts, les animaux racontent autant l’histoire du pays que ses villages, ses pierres et ses chemins.
Certains se montrent sans difficulté, comme les vaches qui ruminent à quelques mètres du GR65. D’autres se laissent deviner par un cri, une empreinte, un terrier ou une silhouette qui disparaît au détour d’une lisière. Et puis il y a ceux que l’on ne verra probablement jamais, mais dont la présence suffit à modifier notre façon de regarder le paysage.
Sur le chemin, le vivant n’est jamais un décor. Il travaille, chasse, niche, pâture, creuse, migre… et parfois revient après avoir disparu.
1. La Montbéliarde — Bos taurus (race Montbéliarde)

C’est probablement l’animal qui suscite le plus souvent des questions chez les marcheurs : « Quelle est cette vache rouge et blanche que l’on voit partout ? » Avec sa robe pie rouge, sa tête généralement blanche et sa silhouette robuste, la Montbéliarde est devenue familière dans les prairies du Massif central.
Elle n’est pourtant pas née en Haute-Loire. La race vient de Franche-Comté et a été officiellement reconnue à la fin du XIXe siècle. Ses qualités laitières, sa longévité et sa capacité à valoriser les fourrages expliquent qu’elle ait progressivement trouvé sa place dans de nombreuses zones d’élevage de montagne. En Auvergne, elle participe aujourd’hui à cette image très particulière des pâturages où le chemin de Compostelle semble se faufiler entre les troupeaux.
La rencontrer rappelle aussi une chose simple : ici, le paysage n’est pas seulement sauvage. Il est le résultat d’un dialogue ancien entre les hommes, les animaux domestiques et les prairies qu’ils entretiennent.
2. La Noire du Velay — Ovis aries (race Noire du Velay)

S’il fallait choisir un animal domestique réellement enraciné dans le territoire, ce serait elle. La Noire du Velay porte presque son pays dans son nom, dans sa laine sombre et dans sa silhouette fine. Son berceau historique se situe entre les vallées de la Loire et de l’Allier, exactement dans les paysages que l’on traverse en quittant Le Puy-en-Velay vers l’ouest.
Longtemps appelée « Mouton Noir de Bains », du nom d’une commune proche du Puy, elle prend officiellement le nom de Noire du Velay en 1950. Sa rusticité lui a permis de s’adapter aux plateaux, aux variations de température et aux conditions parfois rudes du pays.
Quand un troupeau noir apparaît dans une prairie claire, ce n’est donc pas seulement une belle image : c’est un petit morceau de patrimoine vivant du Velay qui continue de pâturer au bord du chemin.
3. Le milan royal — Milvus milvus

Il suffit parfois de lever les yeux. Au-dessus des prairies de Haute-Loire, une grande silhouette tourne sans presque battre des ailes, portée par les courants. Si la queue est profondément échancrée comme une fourche, il y a de fortes chances que vous regardiez un milan royal.
Le Massif central constitue l’un des grands bastions français de cette espèce. Le milan profite des paysages ouverts mêlant prairies, élevage, haies et boisements. Opportuniste, il se nourrit notamment de petits animaux et de charognes, jouant aussi un rôle discret de nettoyeur dans les écosystèmes agricoles.
Sur le GR65, il est de ceux qui accompagnent la marche sans qu’on s’en aperçoive : toujours un peu plus haut, silencieux, dessinant de grands cercles au-dessus du chemin.
4. La huppe fasciée — Upupa epops

Avec sa grande crête orangée bordée de noir, son long bec recourbé et ses ailes rayées, la huppe semble presque avoir été dessinée pour un livre d’images. Pourtant, elle est bien réelle et revient d’Afrique au printemps pour se reproduire dans nos campagnes.
Elle aime les prairies rases, les bocages, les vieux vergers et les paysages où elle peut trouver à la fois des insectes au sol et des cavités pour nicher. Son chant — un « oup-oup-oup » doux et répétitif — révèle souvent sa présence avant même qu’on distingue son plumage.
C’est une voyageuse. Quand elle réapparaît au printemps, elle apporte avec elle quelque chose du sud et rappelle que les animaux que l’on croise sur le chemin suivent parfois des routes beaucoup plus longues que la nôtre.
5. Le pic vert — Picus viridis

On dit souvent « pivert », mais son nom est bien pic vert. Et pour le trouver, le meilleur conseil n’est pas forcément de regarder les troncs : écoutez. Son cri ressemble à un rire sonore qui traverse les bois et les vergers.
Contrairement à l’image classique du pic martelant sans cesse un arbre, celui-ci passe beaucoup de temps au sol, où il recherche surtout des fourmis grâce à sa longue langue. Il dépend cependant des arbres suffisamment âgés pour y creuser sa loge. Ces cavités pourront ensuite servir à d’autres oiseaux ou petits animaux : un simple trou dans un vieux tronc devient ainsi une petite pièce d’habitation dans l’immeuble de la forêt.
6. Le renard roux — Vulpes vulpes

Le renard est partout et pourtant on le voit peu. Il préfère les heures où les marcheurs ne sont pas encore partis, ou celles où les sacs sont déjà posés : l’aube, le crépuscule, la nuit. Une silhouette rousse qui traverse une prairie suffit parfois à résumer toute une rencontre.
Très adaptable, il profite des paysages en mosaïque où se succèdent champs, haies, prairies et bois. Son régime alimentaire est lui aussi opportuniste, mais les petits rongeurs y occupent une place importante. Cette prédation fait du renard un acteur réel du fonctionnement des milieux agricoles, loin de l’image simpliste du seul voleur de poules.
Il appartient à ces animaux familiers de nos histoires, mais dont la vie réelle reste souvent beaucoup plus discrète que les légendes que nous avons construites autour d’eux.
7. Le chevreuil européen — Capreolus capreolus

Au petit matin, c’est sans doute l’un des grands mammifères sauvages que le marcheur a le plus de chances d’apercevoir. Le chevreuil aime les lisières : suffisamment de forêt pour disparaître, suffisamment de prairie pour venir s’alimenter.
Le mâle est le brocard, la femelle la chevrette. La « biche », elle, est la femelle du cerf élaphe — une petite précision qui permet déjà de regarder autrement ce qui surgit au bord du chemin. Au moindre bruit, le chevreuil peut s’immobiliser quelques secondes puis disparaître dans le couvert avec une rapidité étonnante.
Ces rencontres durent rarement longtemps. C’est peut-être précisément pour cela qu’on les garde si bien en mémoire.
8. Le blaireau européen — Meles meles

Le blaireau est davantage un voisin invisible qu’un animal que l’on croise. Nocturne, massif, puissant fouisseur, il passe une grande partie de sa journée dans des terriers qui peuvent être occupés et agrandis pendant des générations.
Autour d’un grand terrier, on peut remarquer plusieurs entrées, des coulées bien tracées, de la terre fraîche ou des empreintes. Le blaireau transforme littéralement le sol : il creuse, déplace de la matière, crée des refuges et participe à cette architecture souterraine que l’on oublie souvent lorsqu’on traverse une forêt.
Le chemin possède aussi un étage sous nos pieds.
9. La martre des pins — Martes martes

Il y a les animaux que l’on regarde passer, et ceux qui nous regardent passer sans que nous le sachions. La martre appartient plutôt à la seconde catégorie. Agile, discrète et principalement forestière, elle se déplace avec une aisance remarquable dans les arbres comme au sol.
Sa bavette jaunâtre ou orangée permet notamment de la distinguer de la fouine, dont la gorge est généralement plus blanche. Elle affectionne les forêts structurées, les vieux arbres et les continuités boisées. Sa présence raconte donc quelque chose de la qualité et de la profondeur d’un milieu forestier.
Vous avez peu de chances de la voir sur le GR65. Mais dans certains sous-bois entre Monistrol-d’Allier, Roziers et Saugues, elle peut être là, immobile quelques secondes dans l’ombre, bien avant que vous ne leviez les yeux.
10. Le loup gris — Canis lupus

Le loup est revenu dans le Massif central après avoir disparu de France métropolitaine au début du XXe siècle. Sa présence est aujourd’hui bien réelle en Haute-Loire, y compris autour de Saugues. Pour autant, le pèlerin a très peu de chances d’en apercevoir un : le loup est un animal discret qui évite généralement l’être humain.
Ici, son retour est toutefois particulièrement chargé de sens. Le territoire de Saugues porte encore profondément la mémoire de la Bête du Gévaudan, responsable d’une série d’attaques dramatiques entre 1764 et 1767. Plus de deux siècles après, la nature exacte de cette « Bête » continue d’alimenter les débats et les hypothèses. Mais dans l’imaginaire collectif, son histoire reste très souvent liée au loup — et cette mémoire n’aide évidemment pas à accueillir sereinement le retour du grand prédateur.
À cette histoire s’ajoute une réalité contemporaine beaucoup plus concrète : celle des éleveurs et de la prédation sur les troupeaux. Le retour du loup oblige donc le territoire à faire tenir ensemble des choses qui ne sont pas toujours faciles à concilier : la biodiversité, l’élevage pastoral, la protection des troupeaux, la peur, la fascination et une mémoire locale particulièrement puissante.
Peut-être est-ce justement pour cela que le loup mérite sa place à la fin de cette liste : il rappelle que le vivant n’est jamais figé. Certaines espèces disparaissent, d’autres reviennent, et les paysages que nous traversons continuent de s’écrire avec nous, parfois paisiblement, parfois dans le conflit.
Marcher parmi les présences
Entre Le Puy-en-Velay et Saugues, on peut marcher plusieurs jours en pensant simplement traverser des prés, des bois et des plateaux. Puis un jour, on reconnaît la queue du milan royal. On entend le rire du pic vert. On sait que les moutons noirs d’une prairie appartiennent à une race née ici. Et soudain, le paysage devient beaucoup plus peuplé qu’il ne semblait l’être.
C’est cette curiosité du vivant que nous aimons partager à L’Arche de Gabriel, au lieu-dit Roziers, entre Monistrol-d’Allier et Saugues. Une plume trouvée au bord du chemin, une empreinte aperçue dans la boue, un oiseau que l’on n’arrive pas à nommer : il suffit souvent de presque rien pour que la conversation commence autour de la grande table.
Observer sans déranger : gardez vos distances avec les animaux sauvages, ne cherchez pas à les nourrir et, lorsque vous marchez avec un chien, soyez particulièrement attentif à sa maîtrise près des troupeaux et de la faune. Le plus beau souvenir reste souvent celui d’un animal qui a pu continuer sa vie sans modifier son comportement à cause de notre passage.
Crédits photos
Sources et licences des photographies. Image de couverture recadrée pour l’affichage.
Montbéliarde — V. Jacquemin (Vjack) — CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons.
Noire du Velay — Saruman — domaine public — Wikimedia Commons.
Milan royal — Charles J. Sharp — CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons.
Huppe fasciée — Pierre-Marie Epiney — CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons.
Pic vert — hedera.baltica (Pawel Wiecek) — CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons.
Renard roux — Th. Voekler — CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons.
Chevreuil européen — Bouke ten Cate — CC BY 4.0 — Wikimedia Commons.
Blaireau européen — Caroline Legg — CC BY 2.0 — Wikimedia Commons.
Martre des pins — Caroline Legg — CC BY 2.0 — Wikimedia Commons.
Loup gris — Mikkel Houmøller — CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons.




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