10 conseils de terrain pour bien préparer son chemin de Compostelle au départ du Puy-en-Velay
Il y a ce que l’on met dans un sac, et puis il y a tout ce que l’on croit devoir emporter avec soi. Au départ du Puy-en-Velay, les premiers kilomètres du GR65 apprennent vite à faire la différence. Entre Saint-Privat-d’Allier, Monistrol-d’Allier, Roziers et Saugues, le terrain, les montées et les longues journées rappellent une chose simple : sur le chemin, le confort vient souvent de ce que l’on a su laisser derrière soi.
Parmi les hébergeurs, on dit parfois que le poids du sac ressemble au poids de nos peurs. Ce n’est pas une règle scientifique, plutôt une image née de milliers de départs : plus on veut prévoir chaque inconfort possible, plus on ajoute un objet. Et, très souvent, le chemin fait ensuite le travail inverse. Il apprend à revenir à l’essentiel.
1. Commencer par enlever, pas par ajouter
Le premier piège est le « au cas où ». Un vêtement supplémentaire, une grosse trousse de toilette, plusieurs livres, des doublons, trop de nourriture, trop d’eau : pris séparément, chaque objet paraît léger. Ensemble, ils changent la journée. La Fédération française de randonnée rappelle d’ailleurs qu’un sac trop grand pousse facilement à trop charger et recommande de répartir la charge au plus près du corps.
Avant le départ, posez tout au sol et demandez-vous ce qui sera réellement utilisé. Puis recommencez l’exercice après deux ou trois étapes. Si quelque chose ne sert jamais, il est parfaitement possible de le renvoyer chez soi par La Poste ou un service de relais. Beaucoup de marcheurs allègent leur sac en cours de route, et rarement ils regrettent les objets partis.
2. Porter l’eau dont on a besoin, pas celle de toute la journée
L’eau est indispensable, mais c’est aussi l’un des poids les plus lourds du sac : un litre, c’est un kilo. Sur les premières étapes du GR65, il existe des villages, des commerces et des points d’eau. Entre Saint-Privat-d’Allier et Saugues, le parcours officiel signale notamment des fontaines à Roziers et au Vernet.
L’idée n’est donc pas de partir avec le minimum à tout prix, mais de connaître le prochain ravitaillement fiable et d’emporter ce qu’il faut pour l’atteindre. Par forte chaleur, sur un tronçon isolé ou si un point d’eau est incertain, la marge doit évidemment augmenter. Ce qui compte, c’est d’adapter, pas de porter systématiquement deux ou trois litres par habitude.

3. Testez chaussures et chaussettes avant le départ
Tout le monde connaît le conseil pour les chaussures neuves. On pense moins aux chaussettes. Une paire parfaite sur l’étiquette peut se révéler trop serrée, trop chaude, irritante ou simplement mal adaptée à votre pied après plusieurs heures de marche. Mieux vaut partir avec des chaussures déjà portées et des chaussettes déjà lavées, testées sur une vraie sortie.
Le plus important reste de garder les pieds aussi secs que possible. Une étude menée auprès de marcheurs du Camino de Santiago a observé un risque d’ampoules presque deux fois plus élevé lorsque les chaussettes étaient mouillées en fin de journée. Sur une longue étape, changer de paire à mi-journée peut être un geste beaucoup plus utile qu’il n’en a l’air.
4. Régler son sac pour que les hanches travaillent
Un bon sac ne doit pas tirer toute la journée sur les épaules. La charge doit reposer principalement sur le bassin. Pour le régler, desserrez d’abord les bretelles, placez la ceinture ventrale sur le haut des hanches et serrez-la. Ajustez ensuite les bretelles pour rapprocher le sac du dos sans leur redonner tout le poids, puis terminez par les rappels de charge.
À l’intérieur, les objets lourds restent près du dos, ni tout en bas ni tout en haut. Marchez quelques minutes, puis corrigez. Si, au bout d’un quart d’heure, vos épaules portent tout, le réglage est à reprendre.

5. S’occuper d’un pied qui chauffe avant qu’il fasse mal
Une ampoule n’arrive pas toujours sans prévenir. Souvent, le pied chauffe, frotte ou devient sensible bien avant. C’est le moment de s’arrêter, de sécher, de changer de chaussettes, de modifier le laçage ou de protéger la zone. Dix minutes perdues au bord du chemin peuvent sauver les vingt kilomètres du lendemain.
6. Lire le dénivelé autant que les kilomètres
Sur Compostelle, vingt kilomètres ne racontent jamais toute l’histoire. Le terrain peut transformer une distance raisonnable en vraie journée de montagne. L’étape officielle entre Saint-Privat-d’Allier et Saugues mesure environ 19,9 km, mais cumule environ 803 m de montée et est classée difficile. La veille, entre Le Puy-en-Velay et Saint-Privat-d’Allier, on trouve déjà 23,2 km et environ 642 m de montée.
Avant de choisir une étape, regardez donc la distance, le dénivelé positif, le terrain et ce que vos jambes ont déjà parcouru les jours précédents. Le corps ne lit pas le kilométrage comme une application.

7. Prévoir le soleil, la pluie et le froid dans le même sac
En Haute-Loire, une matinée fraîche peut devenir une après-midi très lumineuse, puis laisser place au vent ou à une averse. Les indispensables doivent donc rester accessibles : chapeau ou casquette, protection solaire, couche chaude légère et vraie protection contre la pluie. Ce sont des objets utiles seulement s’ils ne sont pas enfouis tout au fond du sac.
8. Ne pas essayer de gagner le chemin pendant les trois premiers jours
Le départ donne de l’énergie, parfois trop. On veut suivre un groupe, arriver vite, tenir la distance prévue sur le papier. Pourtant, les premiers jours servent surtout à découvrir son rythme. Le corps apprend la répétition de la marche, le sac se règle, les pieds parlent, le sommeil change.
Partir un peu plus doucement n’est pas perdre du temps. C’est souvent ce qui permet d’en gagner ensuite. Le chemin n’a pas besoin d’être vaincu, il faut simplement lui laisser le temps de commencer.
9. Préparer la logistique sans transformer le chemin en planning militaire
Quelques repères enlèvent beaucoup de stress : savoir où l’on peut dormir, repérer les ravitaillements, télécharger une carte hors ligne, garder son téléphone chargé et conserver un peu d’argent liquide. En période très fréquentée, réserver certaines étapes peut aussi éviter une mauvaise surprise.
Pour la voie du Puy, le Miam Miam Dodo reste un excellent compagnon de terrain. L’Agence française des chemins de Compostelle le présente comme un guide de référence, avec hébergements et services autour du chemin, cartographie, dénivelés, difficultés et outils pour construire ses étapes. C’est exactement le bon esprit : préparer assez pour être tranquille, sans décider à l’avance de chaque heure de la journée.
10. Garder une place pour ce qui n’était pas prévu
Une ampoule peut raccourcir une étape. Une rencontre peut rallonger un déjeuner. Une pluie peut donner envie de s’arrêter plus tôt. Un lieu peut vous donner envie de rester. C’est aussi pour cela que l’on marche.
Bien préparer son chemin ne signifie pas tout prévoir. Cela consiste plutôt à enlever assez de poids, de contraintes et de certitudes pour pouvoir accueillir ce qui arrivera. Peut-être est-ce finalement cela que le sac nous apprend : au fil des kilomètres, on découvre que l’essentiel prend moins de place qu’on ne le croyait.
À L’Arche de Gabriel, au lieu-dit Roziers entre Monistrol-d’Allier et Saugues, nous voyons passer chaque saison des marcheurs très préparés, d’autres qui apprennent en chemin, et beaucoup qui finissent par faire les deux. Si vous préparez vos premières étapes sur le GR65, gardez une chose en tête : votre meilleur équipement restera toujours celui qui vous permet de marcher léger, attentif et disponible au chemin.
Sources et repères : Fédération française de randonnée, « Préparer son sac à dos » ; Le Puy-en-Velay Tourisme, étapes GR65 Le Puy-en-Velay à Saint-Privat-d’Allier et Saint-Privat-d’Allier à Saugues ; Agence française des chemins de Compostelle, Miam Miam Dodo Voie du Puy ; étude sur les chaussettes et les ampoules chez les marcheurs du Camino, PubMed, 2022.
Crédits photos : Rémih, Monistrol-d’Allier vu de la chapelle Sainte-Madeleine, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ; Anthospace, Grand Trail du Saint-Jacques dans le massif du Devès, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ; Rémih, GR65 et chemin de Compostelle à Saint-Christophe-sur-Dolaison, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.




Commentaires